Bryan Johnson souhaite vous voir rejoindre sa nouvelle religion, « Don’t die » [Ne meurs pas]. Non, ce n’est pas une blague.
Le plus curieux chez Johnson n’est pas qu’il ait eu recours à des injections du sang de son fils pour tenter de rester jeune. Ce n’est pas non plus sa routine matinale de six heures, dont il est le seul à profiter. Ce n’est même pas le fait qu’il consacre chaque année un budget de deux millions de dollars à son corps.
Non, ce qui frappe, c’est qu’il croit, sans la moindre ironie, instaurer un nouvel eschaton [NdT : mot lié au terme ‘eschatologie’ qui traite de la fin du monde]. Dans sa description sur X, on peut lire (en date de cet article) : « Vaincre la mort sera la plus grande réussite de l’humanité ». Si Johnson fait preuve d’un extrémisme certain dans sa démarche, ses présupposés n’ont pourtant rien d’inhabituel.
Notre culture ne sait plus trop comment envisager la santé et la longévité. Nous sommes obsédés par les vaccins, le paracétamol, la santé ou le port du masque. Pourtant, il n’est pas certain que nous sachions réellement pourquoi être en bonne santé est important.
Une réflexion théologique plus profonde sur le corps s’impose. L’Évangile, fidèle à lui-même, apporte un message d’espoir, qui concerne directement nos corps.
Dieu aime les corps
Dieu a créé votre corps (Genèse 1:27), il vous a racheté par le corps de son fils (1 Pierre 2:24) et il a promis de vous ressusciter dans un corps nouveau (1 Corinthiens 15:42-44). De toute évidence, Dieu aime les corps ! Son plan de rédemption passe par eux et non à côté d’eux.
Pourtant, quel sens spirituel faut-il donner au corps ?
Genèse 2:7 raconte que Dieu « forma l’homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante » (trad Darby, italiques ajoutées). Ce verset est capital car il nous apprend que l’être humain est à la fois corps (poussière) et esprit. C’est ainsi que se forge votre être tout entier, cette âme humaine décrite par la Bible. Les humains sont une alliance de corps et d’esprit, voulue par Dieu et tout à fait unique (Ecclésiaste 12:7).
Son plan de rédemption passe par le corps et non à côté du corps.
Deux méprises au sujet du corps
Genèse 2:7 nous aide à déceler deux méprises possibles au sujet du corps. La première consiste à l’ignorer pour ne privilégier que l’aspect spirituel. C’est là l’antique hérésie du gnosticisme. « Rien ne sert de vouloir être plus spirituel que Dieu », écrivait C. S. Lewis. « Il aime la matière. C’est lui qui l’a inventée. » Dieu ne s’est pas contenté de dire que nos corps étaient bons ; il les a déclarés « très bons » (Genèse 1:31). Ainsi, le corps est un cadeau de Dieu, dont il faut en jouir et en prendre soin pour sa gloire et pour notre bien (1 Corinthiens 6:19-20).
Il est aussi possible de faire du corps une idole. C’est l’erreur du matérialisme, cette vision du monde selon laquelle notre enveloppe physique est notre seule réalité. Rencontrer un vrai matérialiste est aussi rare que croiser un véritable nihiliste, car ces deux conceptions de l’existence ne sont pas possibles dans la vie réelle. Pourtant, j’ai connu bien des personnes dont la vie a été brisée par ce concept. Cela se traduit d’ordinaire par une médicalisation à outrance de chaque difficulté, une focalisation maladive sur l’apparence physique, le poids insupportable de normes de santé inaccessibles ou encore, comme pour Johnson, une étrange obsession pour la longévité.
La foi chrétienne s’oppose au matérialisme comme elle s’oppose au gnosticisme. Les Écritures soutiennent qu’une réalité spirituelle existe, avec une importance et une vérité égales à celles du monde visible (Éphésiens 6:12).
Refléter l’image de Dieu par le corps
À quoi servent donc nos corps ? Dès lors que l’on cesse de les ignorer ou de les idolâtrer, leur telos, c’est-à-dire leur raison d’être, se dessine : aimer. Nous portons l’image de Dieu, et « Dieu est amour » (1 Jean 4:8). Le grand commandement consiste à aimer Dieu et à aimer son prochain (Matthieu 22:37-39).
La santé et la longévité ne sont pas des fins en soi. Elles sont des moyens au service d’un but unique : glorifier Dieu et trouver notre joie en lui en l’aimant, lui et les autres. Notre vocation n’est pas d’optimiser notre santé pour elle-même. Notre appel est plutôt un écho aux vœux du mariage chrétien : aimer, dans la maladie comme dans la santé. Connaître cette vérité nous délivre de l’esclavage de la perfection, qui nous pousse à être obsédés par notre forme physique ou notre image.
Lorsque nous considérons nos corps comme les porteurs de l’image divine, nous nous détournons du miroir de la vanité ou de la honte pour ouvrir une fenêtre sur le monde. La question n’est plus de savoir quelle apparence nos corps peuvent avoir, mais comment ils peuvent aimer.
La résurrection : finalité véritable de notre corps
Toutefois, avant de trop nous enthousiasmer pour la vision chrétienne du corps ou pour cette manière de mettre la santé et la longévité au service de l’amour, nous ferions bien de nous rappeler ce qui pousse Johnson à tant d’efforts. Rappelons-nous aussi pourquoi les débats sur les vaccins ou le paracétamol sont si vifs.
Nous sentons presque tous, à juste titre, que la mort est l’adversaire suprême (1 Corinthiens 15:26). La valorisation du corps par la foi chrétienne n’atténue pas le problème de la souffrance. Elle souligne plutôt son caractère tragique. La douleur et le trépas découlent du péché, lequel a corrompu un univers créé à l’origine pour l’harmonie, la vitalité et la paix (shalom).
Lorsque Jésus pleura sur Lazare, avant de le faire sortir du tombeau, il montra que dans le Royaume de Dieu, la mort n’aura pas le dernier mot (Jean 11:35-44). Les guérisons accomplies par Jésus — rendant la santé et la vie à ceux qui étaient malades ou morts — étaient les signes de cette réalité à venir. Partout où il passait, il offrait un aperçu de ce royaume (Luc 4:18-19).
Pourtant, Jésus nous a aussi montré que la résurrection après laquelle nous soupirons passe par la mort, et non en s’y soustrayant.
Nous touchons là au cœur du christianisme, entre gloire et vérité. Jésus a dû mourir et, sauf retour prochain du Seigneur, tel sera notre sort. L’incroyable promesse chrétienne demeure toutefois celle-ci : en Jésus, Dieu terrasse la mort. La résurrection de Jésus-Christ scelle la défaite du péché et de la mort, nous offrant la vie éternelle au sein d’un corps lui aussi ressuscité.
La santé et la longévité ne sont pas des fins en soi. Elles sont des moyens au service d’un but unique : glorifier Dieu et trouver notre joie en lui en l’aimant, lui et les autres.
Johnson, qui est un ancien mormon, a déclaré publiquement qu’il « ne voulait pas de vie après la mort ». Peut-être est-ce parce qu’il ignore, comme beaucoup d’entre nous, à quel point cette vie future est concrète et corporelle (Luc 24:36–43 ; 1 Corinthiens 15 ; Philippiens 3:20-21). Ayons de la compassion pour Johnson, tout comme Jésus en aurait. La mort le fait pleurer. Pourtant, chaque jour de ma vie, je préférerai toujours l’espérance du ciel à l’espoir de ne pas mourir. Car quelqu’un a déjà vaincu la mort. Et ce fut le plus grand accomplissement que le monde ait jamais connu.
Quand le corps instruit l’âme
Celui qui nourrit une obsession pour la mort oubliera comment vivre. Mais l’affronter aux côtés de Jésus, c’est découvrir la vie dans toute sa plénitude.
Forts d’une théologie biblique du corps, les chrétiens peuvent s’engager dans ce que j’appelle « le corps instruit l’âme ». J’entends par là une spiritualité vécue qui passe par le corps au lieu de l’ignorer ou de le déconsidérer. Le christianisme valorise la guérison et la longévité, mais dans le même temps, il vous appelle à l’humilité d’apprendre à bien mourir, plutôt que de feindre une immortalité. Celui qui nourrit une obsession pour la mort oubliera comment vivre. Mais l’affronter aux côtés de Jésus, c’est découvrir la vie dans toute sa plénitude.
Ainsi, si quelqu’un parmi vous connaît Bryan Johnson, qu’il lui annonce cette bonne nouvelle : la mort a déjà été vaincue. Voilà pourquoi nous suivons Jésus sur le chemin d’une vie saine.
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