Science et foi : qui en a fait des ennemis ?

Fuente: Évangile 21

Si le christianisme est vrai, notre démarche scientifique doit s’effectuer à la lumière de la vérité que Dieu révèle dans la création (révélation générale) et dans les Écritures (révélation spéciale). Face à la science, nous devons être des réalistes et non des antiréalistes. Nous devons être ouverts à l’idée que Dieu agit de manière surnaturelle au lieu de simplement approcher les choses comme si on adoptait un naturalisme méthodologique. Par-dessus tout, nous devons rejeter toute contradiction qui viendrait se dresser ultimement entre l’ordre de la création et le témoignage des Écritures. Comme le disaient les penseurs du Moyen Âge, Dieu est l’auteur de deux livres : le livre de la Parole et le « livre » de la nature.

Science et foi : qui en a fait des ennemis ?
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Mais, n’est-ce pas précisément à ce niveau que les chrétiens finissent par rencontrer des difficultés ? Nous confessons que l’Écriture est inspirée de Dieu et qu’elle est donc infaillible. C’est pour cette raison que des conflits surgissent entre les doctrines auxquelles nous tenons tant et ce qui est considéré comme accepté scientifiquement. En somme, ne devrait-on pas accuser les créationnistes d’être à l’origine du conflit entre la science et la foi ?

Définir le créationnisme

Le terme « créationniste » est plutôt ambigu. Il est souvent utilisé pour décrire les créationnistes qui voient en la terre une création toute jeune (les créationnistes Jeune-Terre). Ce sont ceux qui interprètent littéralement le récit de la création de la Genèse. Ils croient que la terre a entre 6 000 et 10 000 ans. Mais ici, j’utilise le terme de manière plus large pour désigner tous les chrétiens qui croient que Dieu est le Créateur. Comme l’observe Jim Stump, tous les chrétiens sont créationnistes, mais ils ne sont pas tous d’accord « sur le moment où les choses ont été créées et sur la question de savoir si les théories scientifiques actuelles sont des descriptions correctes du processus de création ou si elles entrent en conflit avec les affirmations bibliques concernant la création ».

Ne devrait-on pas accuser les créationnistes d’être à l’origine des tensions insolubles qui émergent entre science et foi ? 

Les créationnistes Jeune-Terre ont tendance à aborder les conflits entre la science et la foi en résistant à ce qui est présenté comme étant scientifiquement accepté. Ensuite, il y a­ les créationnistes Vieille-Terre. D’une part, ils acceptent les conclusions de l’astronomie, de la cosmologie, de la stratigraphie, de l’étude des récifs coralliens, de la glaciologie et de tous domaines associés. Et, d’autre part, ils rejettent la macroévolution (surtout quand il s’agit de l’évolution des êtres humains). Pendant ce temps, les créationnistes, qui adhèrent à l’évolutionnisme théiste, voient un conflit minimal entre la biologie évolutionniste et le témoignage des Écritures.

Les différences scientifiques et théologiques entre les créationnistes Jeune-Terre et Vieille-Terre sont importantes. Et, les différences entre ces deux formes et l’évolutionnisme théiste, le sont encore plus. Nous n’avons pas le temps pour tout dénouer dans cet article. Ce qu’il faut surtout remarquer, c’est que du point de vue de la communauté scientifique majoritaire, les créationnistes dans leur ensemble ne valent pas la peine d’être pris au sérieux (surtout quand il s’agit des créationnistes Jeune-Terre).

Cependant, il ne faut pas imaginer qu’on a affaire à des biologistes au visage hargneux en train de serrer les poings pour en découdre avec les créationnistes. Au contraire, le scientifique typique va se concentrer sur une bonne pratique de la science. Les scientifiques non-croyants n’ont souvent aucune intention de s’attaquer à la foi. Ils sont indifférents aux débats internes dans le camp des créationnistes. Ils rejettent tout simplement les points de vue chrétiens sur la science, surtout s’ils ont été confrontés à des mauvais arguments – ou des mauvaises attitudes – de la part de croyants mal informés.

Un terrain d’entente dans le « dessein intelligent »

Le mouvement du dessein intelligent (« intelligent design ») est controversé dans le monde universitaire en raison de sa thèse centrale selon laquelle l’origine de certaines caractéristiques de la nature nécessite un esprit – un concepteur intelligent. Ce mouvement a pris son essor après le succès du livre de Phillip Johnson Darwin on trial (1991). Michael Behe a plaidé en faveur de la « complexité irréductible » dans La boîte noire de Darwin (1996), et William Dembski a défendu des concepts tels que le « filtre explicatif » et la « complexité spécifique ».

Puisque le mouvement du dessein intelligent se concentre sur des arguments scientifiques plutôt que religieux, les créationnistes Jeune-Terre et Vieille-Terre peuvent collaborer avec des athées, des agnostiques et des évolutionnistes qui embrassent la thèse du dessein.

Ce qui frappe le plus dans ces approches, c’est qu’aucune d’entre-elles ne considère la science et la foi comme incompatibles. Même le plus ardent des créationnistes Jeune-Terre croit que les Écritures sont tout à fait compatibles avec les sciences naturelles. Mis à part leurs différentes convictions par rapport à l’âge de la terre et aux origines de l’humanité, les créationnistes ont d’autres croyances qui divergent du consensus scientifique, telles que la croyance que les humains ont une âme et que Dieu fait des miracles.

Les créationnistes ne rejettent pas la science en bloc ; ils remettent plutôt en question certaines interprétations scientifiques des preuves physiques.

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La science séculière contre le créationnisme ?

Les scientifiques non religieux n’échappent jamais vraiment au contexte théologique de leur travail scientifique. Même s’ils ne se montrent pas ouvertement hostiles aux créationnistes, ils ne sont pas pour autant « neutres » sur le plan religieux. Ils s’appuient sur des hypothèses tacites du christianisme. Ils font de la science sans reconnaître qu’elle dépend d’un Dieu Créateur et d’une création ordonnée. Ils sont bénéficiaires de la grâce commune de Dieu. Les Écritures nous disent aussi qu’ils étouffent activement la révélation générale (Romains 1 :18-23).

Les créationnistes ne rejettent pas la science en bloc ; ils remettent plutôt en question certaines interprétations scientifiques des preuves physiques.

L’essentiel est que le parti pris de l’Occident en faveur du scientisme a créé des tensions et des controverses persistantes entre les scientifiques traditionnels et les créationnistes.

De nombreux scientifiques rejettent encore les créationnistes Jeune-Terre en les voyant comme de parfaits exemples de négationnisme scientifique. Ils les mettent dans le même sac que les défenseurs de la terre plate et des théories du complot les plus folles. Beaucoup voient les chrétiens qui rejettent l’évolution comme s’ils étaient des autruches qui, la tête dans le sable, nient les faits et encouragent la désinformation post-vérité.

Mais, de tels jugements sont peu charitables et trop hâtifs. Certes, les créationnistes Jeune-Terre refusent généralement de réinterpréter les Écritures pour résoudre les conflits entre la science et la foi. De leur point de vue, chaque fois que la science (aussi bonne soit-elle) et nos doctrines fondamentales entrent en conflit, les chrétiens doivent donner la priorité à ce que la Bible enseigne.

La base rationnelle de la Jeune-Terre

Indépendamment de ce que nous pensons de la position de la Jeune-Terre, il est important de voir pourquoi un désaccord avec le consensus sur l’âge de la terre ou sur l’évolution peut être une chose rationnelle pour les chrétiens. Après tout, comment les scientifiques en arrivent-ils à croire que la terre est vieille ou que l’évolution a eu lieu ? Ils examinent des données physiques, mènent des expériences, puis tirent des conclusions sur le passé lointain.

Par exemple, ils examinent les cernes des arbres pour déduire les conditions climatiques du passé ou ils étudient des fossiles pour déduire l’évolution des espèces sur des millions d’années. Ces affirmations scientifiques sur le passé lointain sont basées sur des preuves empiriques indirectes ; les scientifiques tirent des conclusions historiques à partir des données empiriques.

Le parti pris de l’occident envers le scientisme a créé des tensions et des controverses persistantes entre les scientifiques traditionnels et les créationnistes.

Ne nous y trompons pas, ce type de raisonnement inférentiel constitue une méthode scientifique légitime. Mais, par rapport aux affirmations scientifiques basées sur des données empiriques directes, les inférences historiques sont plus sujettes à l’erreur. Ils travaillent à un niveau supérieur et complexe qui tient compte de plusieurs idées théoriques différentes. Ainsi, ils sont plus susceptibles de porter un bagage religieux et philosophique qui n’est pas reconnu. Les affirmations des sciences historiques sont moins certaines et plus ouvertes à la critique.

Compte tenu du témoignage biblique et de la structure de la théologie chrétienne, les créationnistes Jeune-Terre sont pleinement rationnels dans leur désaccord avec une vision Vieille-Terre dans leur conviction que Dieu a créé un univers entièrement fonctionnel en six jours.

: Science et foi : qui en a fait des ennemis ? sur Evangile 21.


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